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Épisode 1 : l’entretien de recrutement

Les employeurs privés et publics ont l’obligation de prévenir les agissements de harcèlement sexuel (art. L.1153-5 du C. du travail). Cette prévention pourrait être mise en œuvre dès l’entretien de recrutement de tout·e salarié·e ou agent·e public.

Alors imaginons un tel entretien, qui permette de sensibiliser aux violences sexistes et sexuelles au travail (VSST) toutes les nouvelles recrues d’une entreprise ou du service d’une administration et de générer un cercle vertueux pour toutes et tous.


Le/la DRH, après avoir conduit l’entretien sur les aspects pratiques de l’arrivée du/de la salariée sur le poste :

« - Cet entretien a également pour objectif de vous sensibiliser à la réalité des violences sexistes et sexuelles commises dans les relations de travail. Vous le savez peut-être déjà mais au moins 30% des femmes actives ont déjà été victimes de harcèlement sexuel ou d’agression sexuelle au travail.


Nous n’avons pas les chiffres concernant les hommes victimes de ce type d’agissements mais on peut supposer qu’ils sont également un certain nombre. Selon les enquêtes, les personnes qui commettent des VSS sont, dans l'immense majorité des situations, des hommes.


Il s’agit donc d’un risque pour les personnes qui travaillent. Avez-vous déjà été formé·e ou au moins sensibilisé·e dans vos précédents emplois à la réalité de ces violences et au sexisme plus généralement ?

Le/la salariée : « - Non, ça n’a jamais été un sujet dans mes emplois précédents… »


Le/la DRH : « - Alors je vous demande toute votre attention.

Le harcèlement sexuel, ce sont toutes les blagues à caractère sexuel, les commentaires sur le physique, sur les tenues vestimentaires et tous les propos sexuels ou à connotation sexuelle, tels que les sous-entendus ; c’est aussi le fait d’être soumise à des images à caractère pornographique et qu’une personne vous touche sans votre accord. Certains attouchements relèvent de l’agression sexuelle, plus sévèrement puni par le Code pénal, comme les attouchements de la poitrine, des fesses ou des cuisses. Un acte de pénétration imposé relève du crime de viol.


Vous suivrez de toute façon une sensibilisation au cours de l’année pour connaître l’ensemble de vos droits et de vos obligations.

Ici, nous appliquons une politique de tolérance zéro vis-à-vis de ces agissements. Nous tentons au mieux d’assurer la protection de la santé et de la sécurité des salarié·es, comme nous y oblige le Code du travail.


Nous savons à quel point il est délicat pour les personnes victimes d’en parler à leurs responsables. Encore davantage quand les auteurs sont des responsables, de venir en parler à la direction générale. Mais sachez que plus l’employeur est saisi tôt, plus il sera facile pour nous de sanctionner les personnes qui ont ces comportements.

Si toutefois vous étiez victime ou témoin et ne parveniez pas à en parler par peur de représailles, je vous informe de ce que vous pouvez faire pour faire valoir vos droits quand vous serez prêt·e :


- Tenez un carnet de bord, en datant et notant tous les agissements dont vous êtes l’objet ou dont vous êtes témoin sur des collègues ;

- N’hésitez jamais à prendre rendez-vous avec la médecine du travail. Les services de santé au travail auxquelles nous sommes affiliés sont formés sur ce type de violences. Ils sont tenus au secret médical donc vous pouvez leur parler en toute confidentialité ;

- Si ces agissements atteignent votre santé, que vous commencez à mal dormir, à venir la boule au ventre au travail, cela doit vous alerter. Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant afin qu’il/elle puisse vous venir en aide. Cela permet également de consigner vos symptômes dans votre dossier médical ;

- Le Comité social et économique de l’entreprise /de notre administration a été spécifiquement formé sur les violences sexistes et sexuelles. Vous pouvez en parler au référent harcèlement sexuel de ce comité ou aller voir une section syndicale interne ou encore une permanence syndicale externe à l’entreprise ;

- Vous pouvez également déposer une main courante ou une plainte au commissariat ou en parler à une association ;

- Conservez précieusement toutes les traces matérielles des VSST : textos, mails, post-it, photos…


Et si vous avez le courage et que vous ne voyez pas d’autre moyen pour faire la preuve de ce que vous subissez, vous pouvez enregistrer la personne qui tient ces propos, sans qu’il le sache.

Une idée reçue consiste à croire que c’est interdit mais pour prouver une infraction et lorsque c’est l’unique moyen à votre disposition, vous avez le droit de le faire !

Je vous remets une fiche pratique qui renouvelle ces conseils et vous informe du protocole interne de signalement et de traitement des violences sexistes et sexuelles mis en place au sein de notre entreprise/administration.

Un dernier élément et qui n’est pas des moindres : le harcèlement sexiste ou sexuel peut prendre la forme d’un harcèlement d’ambiance. Il n’est en effet pas rare d’arriver dans un service où 2 ou 3 soi disant joyeux lurons passent leur temps à faire des blagues, des sous-entendus à connotation sexuelle. Les nouvelles recrues n’osent pas s’opposer de peur de casser l’ambiance, de passer pour les troubles-fêtes voire peuvent rire de manière gênée ou participer pour se sentir intégrées au service.

Si cela vous gêne, que cela crée un environnement offensant pour vous, il s’agit de harcèlement sexuel et vous n’avez pas à le subir. C’est par ailleurs un terreau très favorable à la commission d’actes dirigés contre des salarié.es plus particulièrement, notamment lorsque ces personnes traversent un moment de vulnérabilité dans leur vie, ce qui est souvent connu au sein du travail.


Tous les managers sont sensibilisés à ne pas laisser passer ce type de propos et comportements dans leurs équipes mais on n’est jamais à l’abri que certains en soient complices sans que la direction le sache.


Avez-vous des questions ? »

La/le salarié.e : « - C’est très clair et merci beaucoup. Cette conscience de ce que subissent les femmes change tellement de mes précédents emplois que ça me paraît irréel ».

Le/la DRH : « - Nous avons à cœur ici de garantir l’égalité entre les femmes et les hommes au travail ; nous espérons garantir également la protection de la santé et de la sécurité de tou·tes nos collaboratrices.


Alors, bienvenue ! »


Aller. Cela vous prendrait quoi, 10 minutes ? C’est à la portée de toutes les directions qui souhaitent mettre un coup d’arrêt aux VSS dont tant de femmes sont victimes au travail. En plus d’informer les éventuelles victimes de leurs droits, cette communication indique aux éventuels harceleurs qu'il n'y aura pas d'impunité.


Des entretiens de ce type, plus longs, collectifs si plusieurs personnes sont recrutées au même moment, pourraient être menés, où seraient abordés les propos et comportements discriminatoires (racistes, homophobes, transphobes, validistes…) ou constitutif de harcèlement moral.


Et si dans l’année qui suit tou·tes les salarié·es ont accès à une séance de sensibilisation contre les discriminations, comme piqûre de rappel, leur permettant en outre d’échanger sur leurs vécus et de créer une culture commune de vigilance sur ces violences, nous commencerions à avancer réellement à la déconstruction des rapports de domination.

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